Billet souvenir: Les points de vue dans Entités

Comment écrire avec différents points de vue.
Lorsque j'ai débuté l'écriture du premier tome d'Entités, je connaissais l'histoire que je voulais raconter jusqu'à un certain point. J'avais une idée du déroulement global de l'histoire, que j'avais séparé en plusieurs volumes. Naïf comme je l'étais à l'époque (en 2005), je n'avais aucune idée de ce que donnerait le produit final, et j'étais convaincu d'être un auteur assez près des "grandes ligues" pour soumettre mon manuscrit et embarquer rapidement dans un processus de publication.

Illustration d'Olivier Carpentier
La première histoire de cet univers est celle des deux frères dont l'un a vu son corps volé par un dragon. La nouvelle s'appelait Trahisons et dort quelque part dans mes tiroirs. Dans le tome 1 d'Entités, on fait référence à cette histoire: Arech est le frère qui a vu Rigossa, le Dragon noir, s'incarner en lui. Mikhaïl est son frère qui oeuvre encore à la Confrérie. Urian et Gabriel, deux protagonistes importants du récit, s'en veulent de ne pas avoir vu les événements se précipiter à temps pour les intercepter. En fait, cette histoire est devenue, au fil des réécritures, en conjonction avec celle de la naissance de Casimir et de la mort de son père, Antoine.
J'avais beaucoup de matériel entre les mains quand j'ai débuté la première version de "L'Éveil du chasseur": j'avais des bouts de romans racontant la quête de Casimir, la rencontre entre Casimir et Corinne, la vengeance de Raphaël, etc... Mais pas de roman de littérature jeunesse: il n'y avait pas réellement de quête ni de fil conducteur très précis. Seulement la gang de chasseurs d'entités aux prises avec diverses situations. C'était plus près des trames des romans pour adulte.
J'ai donc décidé de pousser du côté de la littérature jeunesse et j'ai écrit "L'éveil du chasseur" en mélangeant deux quêtes: celle de Gabriel qui tente de sauver deux jeunes qui découvrent leurs talents et celle de Raphaël qui est en mission pour la Confrérie. Le résultat n'était pas très bon, mais l'histoire était assez prometteuse pour attirer deux éditeurs. Finalement, c'est Trampoline qui a accepté de travailler avec moi.
Illustration d'Olivier Carpentier
Dès le départ, c'était évident que je désirais garder plusieurs points de vue.  Je désirais étoffer la trame par différents personnages qui voyaient les mêmes événements. J'adore raconter la même scène de différents points de vue, et c'est ce que nous avons fait. Par contre, je n'étais pas capable, à ce moment-là, de ne pas écrire le roman dans l'ordre.
J'écrivais la première scène avec Casimir, suivie de la première scène avec Urian, ensuite celle de Corinne, je revenais avec Casimir... c'était difficile de toujours changer de point de vue comme ça, surtout qu'au final, dans le roman publié, pour que les personnages soient mieux définis, on a regroupé la première journée en deux parties: celle de Caz et celle de la Confrérie. Vicky, elle n'apparaît que dans la seconde journée. tout ça pour dire que j'ai tout écrit en alternant les points de vues, incapable de me lancer plus en avant dans une trame sans savoir exactement ce qui se déroulait dans l'autre. L'insertion des différentes parties les unes avec les autres me stressait beaucoup.
Ce fut la même chose dans l'écriture du tome 2. J'ai même été obligé d'effacer et de perdre 30000 mots parce que les événements ne s'agençaient pas ensemble comme je le désirais. Cependant, j'ai gardé quelques bonnes idées que j'espère réutiliser.

Illustration d'Olivier Carpentier


Pour le tome 3, j'ai décidé d'essayer quelque chose de nouveau. Je sais où chaque personnage commence le tome et je sais où j'ai besoin qu'ils soient pour la fin. Plutôt que de gérer les 4 PDV en même temps, j'ai écrit presque toute la trame de Casimir sans penser aux autres personnages, m'arrêtant au moment d'une scène commune avec un autre personnages PDV (Corinne). À ce moment, j'ai décidé de m'attaquer aux scènes de Corinne. Ce n'est pas grave si elle n'a pas le même nombre de scènes ou si elles ne sont pas de la même longueur que celles de Casimir. L'important est seulement que, avec le déroulement du temps, on arrive au bon moment au bon endroit, et j'ai une assez bonne idée de ce qui va se passer pour que ça fonctionne (on remarquera que je ne fonctionne toujours pas avec un plan trop précis... on y reviendra).
Le changement de méthode d'écriture est profitable, car je réalise que je maîtrise beaucoup mieux mon personnage lorsque je l'accompagne pour plusieurs scènes sans m'interrompre pour retrouver la voix et la vision d'un autre personnage. J'ai hâte d'arriver à la scène du PDV des deux personnages, pour voir ce que ça va donner comme résultat.
Illustration d'Olivier Carpentier


PS: C'est le troisième et dernier billet souvenir sur Entités. Beaucoup de temps a passé et j'espère pouvoir enfin rééditer la série prochainement, mais tout ça est une question d'édition, donc d'argent. Mais j'ai bon espoir, les chasseurs d'Entités vont revivre!

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