La productivité

La productivité... étrange de définir l'écriture en terme de chiffres, d'objectifs ou de buts précis. L'écriture devrait nous porter, nous amener vers l'ailleurs pendant l'acte de création... pourtant, on parle souvent de "nombre de mots atteint" "nombre de chapitres avant d'avoir fini d'écrire" "tant de mots pour telle histoire"...

Cette rationalisation de l'acte d'écrire me fait peur parfois. Parce qu'écrire devrait libérer l'esprit, l'auteur devrait se laisser transporter par son histoire et suivre les pistes qui s'offrent à lui. Prévoir 20000 mots et arriver à 32000 dans un roman jeunesse parce que l'histoire le demande, c'est un acte d'écriture tel qu'il doit se vivre. Se restreindre pour un chiffre, s'empêcher d'explorer une histoire et des personnages par soucis de date de remise, voilà ce qui m'embête.

Ce n'est pas comme ça que j'aime voir l'écriture. Cette contrainte tue l'art d'écrire. Comme faire un plan tellement serré qu'on ne peut plus explorer.

Ma décision est prise: je vais continuer à tracer des plans vagues et imprécis, à me laisser influencer par les idées qui naissent en cours de route, quitte à tout briser la planification, et je vais continuer à écrire des scènes à gauche et à droite sans idée précise d'où elle vont. Ça, c'est de l'écriture. 

Après, la construction du tout, c'est de l'édition. Et ça, c'est un tout autre niveau.

3 commentaires:

idmuse a dit...

Bah oui, mais ça n'empêche pas d'être content (ou pas) du nombre de mots écrits dans un mois (c'est le principe du nanowrimo) :)
Pour ma part, ça ne me censure pas du tout.

Gen a dit...

"La construction du tout, c'est de l'édition"

Pas d'accord.

Écrire en se laissant porter, créer des scènes sans savoir comment elles s'agencent, c'est de l'écriture, oui.

Mais, ensuite, réviser l'histoire en coupant les scènes inutiles (ou en découvrant soudain leur but), en resserrant le texte et l'action ou en les développant pour atteindre les objectifs, ça aussi c'est de l'écriture.

Et, des fois, c'est la meilleure partie, le moment où les blocs de création pure s'emboîtent en faisant "clic" et donnent un roman.

M a dit...

Gen, je comprends ce que tu veux dire et je partage ton opinion. C'est l'édition qu'on fait nous-mêmes sur le manuscrit, la réécriture, la relecture, la révision.
C'est de l'édition dans le sens où c'est un acte plus réfléchi sur le manuscrit.

L'édition au sens de publication (avec direction littéraire et tout le bataclan) est tout autre chose, bien sûr.

L'utilisation du terme "édition" peut porter à confusion, j'avoue.