La méthode James Frey (2)

Remis du billet de mardi?

On reparle du personnage qu'est James Frey.

L'idée derrière sa "fiction factory" est d'analyser ce qui vend en littérature pour ados et de faire pareil. On l'a vu, avec son roman qui sort cet automne et qui est carrément un ripoff de Hunger Games.


J'ai envie de m'attarder à la campagne marketing qui accompagne I am number four.



On s'entend, ces romans visent un public adolescent masculin: on y trouve des extraterrestres dissimulés sur Terre. 9 Gardânes, les héritiers d'un monde, Lorien (pas le Lorien du Seigneur des anneaux, un autre) sont surveillés par leurs Cépânes, des protecteurs, et ont avec eux des chimères (changeformes). Dans le premier livre, on apprend que les 1-2-3 sont morts et qu'il ne reste que "Numéro 4". Et les Mogadoriens, une autre race extraterrestre, cherche à les éliminer après avoir détruit leur monde d'origine. Ces Loriens ont des pouvoirs spéciaux qui se développent quand...? à l'adolescence, bien sûr!

À la fin du livre (ou du film), Numéro 6 se pointe. Elle est badass, elle se bat comme une diablesse et elle a découvert des pouvoirs différents de #4 qui la rendent spéciale.

Sont sortis depuis: Le pouvoir des Six, La révolte des Neuf, L'empreinte de Cinq et sort cet automne "La revanche de Sept".

Sauf que...

Entre les sorties des romans (on s'entend, ce sont des romans qui doivent atteindre les 120 000 mots), l'auteur publie des novellas en ebook (à vendre pas cher) et des nouvelles (des extras, si on veut) gratuits sur son site web.

Et voilà la passe: Trois novellas sont publiées en ebook entre deux romans, et elles sont regroupées dans une collection parallèle qui s'appelle "The lost Files" et publiées papier en groupe de 3.


L'avantage de cette méthode? Les lecteurs attendent moins longtemps entre les livres pour découvrir l'univers. Ceux qui n'aiment pas lire numérique peuvent attendre la version papier qui suivra. L'autre avantage? Les lecteurs intéressés seulement par l'histoire principale ne sont pas dérangés par des tomes qui parlent d'autre chose.

Dans le fond, c'est comme s'il publiait une série de romans qui se suivent en plus de boucher les trous de backstory et les "pendant ce temps".

Maintenant, est-ce que la méthode pourrait s'appliquer au Québec? J'ai peine à croire qu'on pourrait y arriver. De un, parce qu'aucun éditeur ne sera assez fou pour embarquer là-dedans avec le moindrement de moyens, vue la situation actuelle de l'édition au Québec. De deux, parce que les ventes numériques ne sont pas terribles.

 Par contre, je serais prêt à le tenter. En réfléchissant à tout ça, je pensais à ma série Entités. Les deux premiers livres ont été publiés, avec un certain succès, compte tenu que la distribution était lamentable. Le troisième était prêt. Et à mesure que j'avançais dans la rédaction de l'histoire principale, plus j'avais d'idées à développer en parallèle. J'aurais pu aisément écrire des romans de 20 000 mots pour accompagner ceux de 60 000. Et si on compte bien, 3 romans courts de 20 000 mots, ça fait un livre de 60 000. Si un éditeur est intéressé à essayer ça, je ne dis pas non. Mais comme je ne suis pas James Frey et que je n'ai pas le luxe de vivre de ma plume (et lui, c'est avec une certaine aisance), je ne peux m'essayer à ce genre de concept qui demande une intensité dans l'écriture et une grande régularité dans la création sans un confortable à-valoir de départ.  ;-)

Sérieusement, vous en pensez quoi de cette méthode de marketing  du livre? Parce qu'en quelque sorte, c'est ça: le meilleur marketing, c'est que les livres soient vus, donc ici, on entretient la présence en librairie en augmentant le nombre de produits "livre" liés à l'histoire écrite...







2 commentaires:

Gen a dit...

La méthode n'est pas folle du tout, mais je sais pas pourquoi, j'ai l'impression que ces nouvelles et novellas doivent justement être écrites par des "assistants".

Je suppose qu'en effet ça pourrait se faire ici, publier des nouvelles ou des novellas en parallèle des tomes principaux.

En fait, pour contourner le problème "les éditeurs embarqueront probablement pas" et le problème "pas évident d'écrire 3 novellas entre deux tomes principaux", tout en gardant l'aspect "produits dérivés qui gardent intact l'intérêt du livre", des nouvelles courtes pourraient être publiées gratuitement (ou à prix modique) sur un site web dédié à la série.

Isabelle Lauzon a dit...

Moi, je dis que chaque méthode nouvelle et révolutionnaire (pour le marché du Québec, j'entends) vaut la peine d'être réfléchie et possiblement tentée.

Je trouve que le Québec se prête assez bien à ce genre d'expérimentation, à condition toutefois de ne pas avoir trop d'attentes monétaires (OK, c'est là que le bât blesse...).

En tout cas, ça fait longtemps que j'espère lire la suite d'Entités, dont j'ai les 2 premiers tomes à la maison! Alors si jamais tu vas de l'avant avec un quelconque projet dans cette veine-là... Tu auras certainement une lectrice par ici! ;)