mardi 10 avril 2012

Enraciné: Sauver le monde d'un souvenir d'enfance

un auteur de fantastique et d’horreur n’a pas beaucoup de travail à faire pour se laisser inspirer par un lieu appelé « tour des martyrs ». La Tour des Martyrs était une chapelle contenant plus de 4900 reliques catholiques, amassées par Mgr Marquis, premier curé de St-Célestin. Mgr Marquis avait voué un culte particulièrement dévot aux saints Martyrs dans son enfance et, au cours de ses nombreux voyages, il a colligé différentes reliques, fort de sa croyance en ces vestiges des saints. Les gens de St-Célestin, ayant eu vent de sa volonté de protéger ces trésors, lui proposèrent de lui bâtir une chapelle. 

On raconte que des ouvriers, chargés de la construction, eurent besoin d’eau pour fabriquer leur mortier. Il y avait bien un puits sur le chantier, mais on l’appelait puits aux grenouilles depuis des années, car son eau était boueuse et vaseuse. Les ouvriers demandèrent donc à Mgr Marquis où ils pouvaient se procurer de l’eau plus limpide. Il leur dit de prendre l’eau dans le puits. Suite à leurs protestations, il leur dit de lui faire confiance et de puiser leur eau aux puits aux grenouilles.

Le seau qui fut descendu remonta rempli d’une eau claire et limpide. Alors Mgr Marquis décida que le puits s’appellerait le puits de sainte Anne et que sont eau devait servir uniquement à boire ou à laver les malades et les mourants.  Cette eau miraculeuse a contribué à faire connaître la Tour des Martyrs comme lieu de pèlerinage important de la première moitié du 20ieme siècle.

En elle-même, l'histoire de la tour des martyrs porte son lot de possibilités. En fait, un paquet d'idées me sont venues juste en pensant au nom de ce lieu. J’ai une fascination particulière pour les reliques et les croyances qui les entourent parce que je ne comprends pas comment on peut accorder cette idée de "pouvoir magique" à ces objets. Comme écrivain de fantastique et d'horreur, ce concept me semble rempli de plusieurs possibilités. Que le lieu où l'on collectionne les reliques s'appelle "tour des martyrs", voilà qui me comblait.

Cependant, je ne voyais pas vraiment comment utiliser ce lieu. Oui, bien sûr, l'idée de morts-vivants m'avait effleuré l'esprit, des morts-vivants de style momie, ou encore un corps composite doté de super-pouvoirs, formé par les reliques alliées ensemble dans un but obscur.

Le déclic est venu à la lecture de l’anecdote du puits de  sainte Anne et de son association avec la vie (destinée à être bue) et avec la mort (soigne les malades). Alors j’avais désormais l’arme qu’il me fallait pour venir à bout des morts-vivants : cette eau magique.

Mon problème demeurait entier, cependant : il n’y a plus de tour des martyrs aujourd’hui et les reliques sont dispersées. Comme je souhaitais situer ma nouvelle, comme toutes les autres, à notre époque, je ne pouvais raconter un incident pouvant s’être déroulé pendant un pèlerinage ou du moins, à cette époque. En allant faire un tour à Saint-Célestin, j'ai remarqué le mausolée derrière l'église et ce qui pourrait être le puits de sainte Anne face à la résidence pour personnes âgées de l'autre côté de la rue. Les lieux comblaient mon besoin. 

*** 

Cette anecdote et cette réflexion sont  à la base d'une nouvelle qui se retrouvera dans Enraciné et qui s'intitule "Sauver le monde d'un souvenir d'enfance".  Si vous l'ignorez encore, Enraciné est un recueil de nouvelles qui couvrira les 16 municipalités de la MRC de Nicolet-Yamaska et la réserve d'Odanak.  Les textes s'inspirent d'anecdotes historiques (réelles ou légendaires) pour chacune des municipalités. Les nouvelles ne racontent pas directement les anecdotes: je m'inspire des anecdotes et je raconte une histoire contemporaine qui se base sur elles.

Le tout sera publié aux Six Brumes au courant de 2012.

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