Trépanés, Patrick Brisebois

Plongez dans la décadence.


Patrick Brisebois est un écrivain de cette génération qui exprime une réalité crue et empreinte d'un étrange sentiment de décalage pour qui vit une petite vie rangée. "Trépanés" est la seconde œuvre que je lis de Brisebois, après "Cathéchèse" (publié chez Alto), une romance cyber-punk du terroir, si on peut l'exprimer ainsi. J'avais été soufflé par la plume de Brisebois et par sa façon directe de présenter ce que ressentent les personnages, sans compromis et sans censure.


J'espérais de tout cœur la réédition de ses trois premiers romans et Trépanés est le premier à bénéficier de l'excellente maison Le Quaternier, jeune maison dynamique qui ose publier des œuvres difficiles à aborder.





Ceci étant dit, qu'en est-il de Trépanés? D'abord, Trépanés raconte l'histoire de Morvan, amoureux d'Annonciade Trepalovitch, mais qui se retrouve avec la sœur de celle-ci, Fabia Trepalovitch. Morvan et Annonciade sont des trépanés: on leur a tripoté le cerveau suite à des accidents dans l'enfance. Morvan, en narration, nous confie ce qu'il pense et ce qu'il ressent: c'est un jeune adulte troublé, rebelle, marginal. Morvan habite avec Fabia au Manoir du Lac Noir, mais Fabia a des tendances violentes et elle le chasse régulièrement. Au cours de ses errances, Morvan retourne vers Annonciade, jusqu'à ce que les deux sœurs habitent ensemble au Manoir et que le triangle amoureux implose…


Et le fantastique, là-dedans? Le fantôme du père des deux filles apparaît et sa relation avec Morvan est complexe… Trépanés se résume mal, parce que l'histoire est déconstruite: on se promène dans le passé et le présent selon ce que Morvan veut nous raconter. Cependant, le lecteur, au fil des pages, savourera les phrases et accumulera les indices pour comprendre, mais la psyché de Morvan est décalée: beaucoup de drogue et d'alcool n'aide pas à le rendre cohérent. Son amour pour Annonciade et Fabia est pervers et trouble, et sert de moteur au récit, sans qu'on sache si les actions de Morvan sont de lui ou du père des filles… Il y a toujours un doute qui plane, comme le veut la définition du fantastique, et on verse dans l'horreur, avec des scènes assez horribles (le sacrifice d'un enfant, un suicide, etc…)


Je ne sais pas comment exprimer le plaisir que j'ai eu à lire ce livre pour donner envie aux autres de l'essayer. C'est fou, éclaté, violent, décalé, décadent, québécois, horrifique, fantastique, noir… Il ne fait aucun doute pour moi que Brisebois est un écrivain d'aujourd'hui qu'il faut absolument lire.


(critique publiée dans Brins d'éternité et sur CôtéBlogue)

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