dimanche 26 avril 2009

Extrait: Le jour de l'éveil

« Chuuuuut… » murmure Berthe au nourrisson qui s’agite dans ses bras. Casimir se calme et la regarde de ses grands yeux bleus. Comme il est beau avec son visage rond et tout plissé, ses poings minuscules, son petit ventre rond… Elle détourne le regard et tamponne le coin de ses yeux. Elle ne doit pas pleurer. Déjà une semaine qu’elle musèle ses sanglots : elle ne va pas craquer maintenant, devant tous ces gens.

Pourtant, elle désire tellement hurler sa douleur Elle voudrait laisser libre cours à sa peine, mais elle sait que le flot s’avèrerait intarissable si par malheur elle relâchait le contrôle qu’elle exerce sur elle-même. Et alors, qui s’occuperait de son petit ange aux cheveux bruns ? Elle retient ses larmes par amour pour lui, si frêle, si vulnérable, son petit-fils orphelin de père et de mère. Jamais elle ne l’abandonnera.

Elle relève la tête et fixe le prêtre, debout devant l’autel, qui lève la coupe et boit une gorgée de vin. L’inconfort provoqué par le banc d’église attise la colère sourde dans laquelle elle essaie de noyer sa peine. Pourquoi sont-ils morts ? Pourquoi l’ont-ils quittée ?

Elle crispe les poings, mais s’oblige à se détendre quand le petit s’agite de nouveau. Ils sont morts et ne reviendront jamais. Sa fureur ne changera rien aux deux cercueils clos qui l’empêchent de voir Antoine, son fils, et Marcus, son mari, une dernière fois. Elle doit se contenter de leurs photos, où l’on aperçoit leurs grands yeux bleus, comme ceux de Casimir.

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